Kasane la Voleuse de Visage

kasane
Manga japonais en 14 tomes de Matsuura Daruma, publié au Japon en 2013 et en France en 2016 aux Editions Kioon
Genre et thèmes : drame psychologique, surnaturel, harcèlement, suicide, vengeance, viol
Pour public averti – à partir de 16 ans
kasane
Kasane est chahutée à l’école à cause de sa laideur. Personne ne croit qu’elle est la fille de l’actrice Sukeyo Fuchi,connue pour son talent et sa beauté. Lorsque sa mère décède, elle lui lègue son rouge à lèvres magique. D’abord dubitative, Kasane le revêt et découvre qu’il permet d’échanger les visages avec la personne qu’on embrasse. La jeune femme peut alors assouvir sa vengeance et pourquoi pas, briller à son tour sous les feux de la rampe. Elle croise alors Nina Tanzawa, une magnifique jeune femme qui n’arrive pas à être actrice à cause de son syndrome de la belle au bois dormant.


J’ai découvert ce manga en 14 volumes grâce à une amie qui l’avait dans sa mangathèque. Aimant le surnaturel, j’ai rapidement été happée par ce conte cruel. Kasane reste un personnage attachant malgré son caractère exécrable lors des premiers tomes. On aurait tout d’abord pitié d’elle comme elle est harcelée pour sa laideur. Mais rapidement on découvre différentes facettes de sa personnalité, dont sa soif de vivre et son talent pour le théâtre.
De nombreux flashbacks nous permettent de comprendre la famille Fuchi avec ses drames, ses désirs et les vengeances qui s’y dessinent. Malgré tout, les rebondissements sont nombreux et le lecteur est tenu en haleine jusqu’à la toute dernière page. La fin est des plus surprenantes.
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Matsuura Daruma a su inventer un univers à la fois glauque et brillant, inspiré d’une légende urbaine japonaise Kasane ga Fuchi. C’est un conte de fantome japonais qui donne donc son nom à l’héroïne. Celui-ci raconte que Yoemon, un paysan pauvre, prend pour femme Osugi. Celle-ci a déjà une fille, Suke, dont la laideur est telle que Yoemon la déteste et finit par la tuer. Mais la deuxième fille de Osugi vient au monde avec le même visage que Suke, comme s’il avait été superposé au sien. Elle est alors appelée Kasane (« superposition » en japonais). Kasane, devenue adulte, sera elle-même tuée par son mari, lassé de sa laideur. Elle reviendra sous la forme d’un fantôme vengeur, prenant possession du corps de la nouvelle femme de son meurtrier.
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Les dessins sont eux aussi tout en contraste. Dès la couverture, le ton est donné : les images sont superbes, telles des peintures faisant ressortir à la fois la beauté et la noirceur humaine.
Le monde du théatre est un parallèle avec la réalité où bien souvent nous portons aussi un masque pour plaire et atteindre notre but. Mais il est aussi une critique de notre société basée sur des standards de la beauté uniformisés (les actrices dont Kasane vole le visage se ressemblent toutes physiquement) et de la grande discrimination que peuvent subir les personnes qui ne rentrent pas dans le moule. Ici Kasane est laide, presque difforme, avec des cicatrices. Mais l’histoire aurait pu être la même avec une personne en surpoids ou handicapée par exemple.
Nominé en 2015 pour les prestigieux Taisho Awards, ainsi que pour le prix du manga Kodansha, ce thriller psychologique est à découvrir absolument.
kasane film
A noter :
Un roman est paru aux éditions Lumen, relatant l’histoire de Sukeyo Fushi. (2017)
Un film japonais a également été tourné en 2018. Celui-ci est réalisé par Yūichi Satō avec un scénario écrit par Tsutomu Kuroiwa.
Je ne manquerai pas de vous en reparler après visionnage/lecture.